Citoyenneté

 

La place des retraités dans la société

 Dès 55 ans, on devient sénior, ensuite retraité. Une vie travaillée est une forme de contribution à la collectivité. Une vie retraitée est aussi une contribution multiforme à la collectivité : humaine, économique, sociétale. Le temps subi passe en temps choisi.

Nous l’exprimerons en 3 cercles concentriques de niveau d’implication :

  • Un premier cercle est celui de l’inter-génération, l’environnement familial
  • Un second cercle est celui du bénévolat, au service des autres
  • Un troisième cercle, celui des acteurs de la vie dans la cité.

Aujourd’hui, l’espérance de vie à 60 ans atteint 27,5 ans pour les femmes et 23,2 ans pour les hommes, autant dire que l’on a affaire à plusieurs générations ou plus exactement strates de retraités : 3e âge, 4e âge, bientôt 5e âge ! Comment pourraient-ils être définis à l’aune d’un modèle standard ? Les stéréotypes sont tenaces : âgisme vs. jeunisme, le vieillissement est perçu comme une évolution négative. Charge pour la Société ou opportunité ?

En janvier 2018, les personnes de 65 ans et plus représentent environ 20% de la population de la France. Leur état de santé permet à la très grande majorité d’entre eux de demeurer actif et c’est seulement à partir de 87 ans en moyenne qu’ils peuvent devenir plus vulnérables et souffrir de pathologies de nature à affecter au moins partiellement leur autonomie. En clair, le nombre de retraités susceptibles de s’investir dans des activités multiples est considérable. Les retraités sont actifs et productifs.

 

  1. Un premier cercle : l’environnement familial, une génération-pivot

** Avec l’allongement de l’espérance de vie, un nombre croissant de familles aujourd’hui voit coexister 4 générations et le phénomène s’accentue régulièrement. Si l’expression « génération-pivot » a de plus en plus cours, c’est parce que bon nombre de retraités  sont conduits à partager leur temps entre leurs propres parents âgés et leurs enfants et petits-enfants.

 Auprès de leurs parents, ils font l’expérience d’une répartition inversée des rôles par rapport à ce qu’ils ont connu dans le passé ; c’est à leur tour d’assister leurs aînés, le cas échéant de prendre des décisions pour eux. Beaucoup d’entre eux font partie des « aidants familiaux » qui apportent « une aide régulière et bénévole » à un parent, voire les deux ou bien à un proche dépendant (oncle, tante, conjoint…). Un retraité sur deux est concerné par la perte d’autonomie de proches âgés. Parmi ceux qui ont encore leurs parents, 45% s’en occupent plus de 5 heures par semaine et seulement 44% font appel à une aide extérieure. Ils supportent souvent, au moins partiellement, les restes à charge conséquents dus pour leurs parents en EHPAD, une fois déduites les aides dont ces derniers bénéficient sous certaines conditions.

A l’égard de leurs enfants, leur rôle est également multiple : Ecoute, conseils, soutien matériel (déménagement, travaux d’intérieur, bricolage, couture..), dépannage en cas de coup dur (rupture sentimentale, séparation, chômage…), garde des petits-enfants, aide financière.

Le rôle des grands parents et la relation avec les petits-enfants a profondément évolué, du fait de l’allongement de l’espérance de vie en bonne santé mais aussi en raison de l’évolution du mode de vie des couples parentaux : l’activité professionnelle des deux parents, le temps de déplacement avec les transports en commun, le coût et les contraintes – horaires en particulier – des crèches, haltes garderies, assistantes maternelles, les vacances, les divorces etc….contribuent à cette évolution. Si parents et grands-parents ne sont pas trop éloignés, il arrive alors fréquemment que ces derniers endossent régulièrement le rôle de mamy/papy sitters. Il n’est que de voir le nombre de grands parents à la sortie des écoles, accompagnant les enfants à l’école de musique, à la piscine, à l’entrainement sportif, chez les amis… pour prendre la dimension d’un phénomène en expansion rapide.

Les grands parents sont plus disponibles, ils ont davantage de temps et le consacrent à des activités variées qui sont un apprentissage pour la descendance : cuisine, bricolage, jardinage, promenades, jeux…Ils transmettent des traditions familiales, des anecdotes, des recettes de cuisine, des chansons, aussi des valeurs qui ont tendance à tomber en désuétude. En étant porteurs de la mémoire familiale, ils relient leurs petits-enfants à leurs racines, à l’histoire de leur famille.

Ces transferts de natures diverses sont en grande partie des coûts évités pour la collectivité, soit en structures d’hébergement des ainés, soit en crèches, soit en frais de fonctionnement. On estime à 30 milliards d’euros par an le montant des transferts entre grands-parents et enfants et/ou petits-enfants. Le conseil d’analyse économique estime à 23 millions d’heures par an le service rendu aux familles, autant que toutes les assistantes maternelles réunies.

 

** La transmission des savoirs, porteurs de mémoire

Avec l’allongement de l’espérance de vie, on dispose d’un nombre croissant de témoins de première main. Les enseignants en ont conscience qui font venir dans les classes des intervenants susceptibles d’évoquer des événements marquants d’hier ; le bénéfice qu’en tirent les élèves est indéniable et la trace qu’ils garderont en mémoire est importante.

Il en va de même avec les savoir-faire. Apprendre les bons gestes, les procédures efficaces, le maniement de l’outil, les précautions à prendre… Quels meilleurs maîtres que ceux qui sont forts de dizaines d’années d’expérience. Les grands-parents initient leurs petits-enfants au bricolage ou au tricot ou à la cuisine ; cela se pratique aussi en périscolaire, dans des ateliers, des maisons de jeunes, des centres de loisirs. Des associations à but non lucratif se sont créées qui se sont donné pour objectif de former des jeunes à différentes techniques : c’est le cas de « l’Outil en Main » aux nombreuses implantations en France.

L’apport des anciens est essentiel également en matière de savoir-être.  Il s’agit de montrer par l’exemple comment contribuer à un « mieux vivre ensemble », d’attirer l’attention sur un comportement gênant, de transmettre des valeurs indispensables dans la vie collective.

Transfert des valeurs, transfert des savoirs sont des apports immatériels utiles à une cohésion sociale.  L’inter-génération se matérialise dans l’échange du savoir-faire et du savoir être.

 

  1. Un second cercle : le bénévolat, les acteurs de croissance économique

** L’arrivée à la retraite marque une rupture à de multiples égards : rythme et mode de vie, temps libéré, resserrement les liens avec la famille et les amis, engagement dans des associations, dans la cité, user d’une disponibilité qui manquait auparavant…

 « En retraite, mais pas en retrait ! », les retraités sortent de chez eux aussi longtemps que leur état de santé le permet, pour continuer à se sentir utiles, retrouver le statut social qu’ils pensaient avoir perdu en cessant leur activité professionnelle, être des acteurs plutôt que des spectateurs, mettre leurs compétences au service des autres, élaborer des projets et apporter leur pierre à l’édifice commun.

 

Il existe plus de 1.3 million d’associations en France, indispensable liant social. On trouve les retraités dans quasiment tous les domaines du bénévolat associatif :

Culture et art, loisirs, patrimoine, environnement, sport, santé, secourisme, défense des personnes, aide à l’insertion, accompagnement des créateurs d’entreprises, aide au business model, appuis au financement, conseils dans les fonctions de l’entreprise, action sociale, humanitaire, permanence de « call centers ».

A bien des égards, les associations complètent l’action des services publics. Les retraités sont très nombreux à s’y investir et rendent un service inestimable à la société. Le pourcentage de seniors de 65 à 69 ans engagés dans un bénévolat associatif est d’environ 30 %. Selon France Bénévolat, le volume d’heures consacrées par les retraités à aider autrui représente 1 milliard d’heures par an. Converties en €, le montant serait impressionnant. 48% des présidents d’association sont des retraités.

Les relations de voisinage méritent aussi d’être soulignées. La proportion de retraités capables de s’engager de façon ponctuelle au service des autres est également élevée ; dans la famille, chez des proches, les voisins …, pour un déménagement, une garde d’enfants, du bricolage, une collecte, un déplacement en voiture.

** La proportion croissante du nombre des seniors dans la population a aussi des retombées positives sur le plan économique. En 2013 a été lancée la Silver Economie avec pour objectifs d’adapter les productions au vieillissement, d’en développer d’autres plus spécifiques et d’encourager les innovations, de favoriser le bien vieillir et de retarder la perte d’autonomie. Un autre but affiché était de favoriser l’exportation et le savoir-faire français.

La nouvelle filière englobe des secteurs variés, tels que la communication, la robotique, la domotique, la sécurité, la mobilité, l’habitat, l’alimentation, l’e-santé, l’aide à l’autonomie, les services à la personne… Ce sont des centaines de milliers d’emplois qui sont en jeu. Sont engagés dans le processus grands groupes ou start-ups (200 recensées en 2017).

** Les retraités sont aussi des consommateurs. Ils préfèrent souvent acheter français : 70% d’entre eux choisissent des voitures françaises contre 52% pour l’ensemble de la population (d’après une étude de 2015 de l’Institut Français des Seniors) ; 71% prennent en considération l’origine d’un produit avant d’acheter et 84% des plus de 65 ans déclarent accepter de payer plus cher ce qui est français (IFOP 2013). Une de leurs motivations, c’est l’emploi des générations suivantes.

  1. Un troisième cercle : les acteurs dans la cité

Parmi les électeurs, les plus âgés sont les plus nombreux à se déplacer pour aller voter.

Au-delà du devoir de citoyens, ils s’engagent également dans leur commune ; ils participent aux Conseils de Quartiers, aux Comités des Fêtes, aux Conseils des Seniors. Parmi les quelque 520 000 conseillers municipaux en 2015, environ 29% étaient âgés de 60 ans ou plus.

Parmi les conseillers départementaux et régionaux, les 60 ans et plus représentaient respectivement 31,6% et 21,4% des effectifs.

Il existe quantité d’instances, de commissions, de structures dans le pays tant au niveau national que régional et départemental où siègent des représentants des retraités désignés en particulier par la CFR et ses composantes et appelés à donner leur avis sur tous les sujets concernant les générations d’ainés et le vieillissement. C’est le cas notamment du HCFEA ou du Conseil de la CNSA au plan national, du CDCA au plan départemental, pour ne citer que les plus connus.

Quel que soit leur niveau d’implication, ce sont des dizaines, voire des centaines de milliers de retraités qui s’impliquent à différents niveaux au nom de la solidarité intergénérationnelle et du bien commun.

Les retraités occupent une place significative dans la vie de la collectivité. C’est une opportunité ; une prise de conscience des responsables politiques s’impose.

Le philosophe Jankélévitch écrivait : « Le vieillissement n’a rien à voir avec la raréfaction de l’être, quelle que soit la quantité de cire, la hauteur de la flamme est toujours la même » !

 

Les retraités sont des citoyens à part entière.